À Pékin, le plan 2026-2030 organise la prochaine étape du développement

Des semi-conducteurs à l'intelligence artificielle, de la 6G aux technologies quantiques et à la biofabrication, Pékin est devenu le laboratoire d'une stratégie nationale visant à placer la Chine au cœur des technologies, des industries et des standards qui façonneront l'économie mondiale des prochaines décennies. Le 15e plan quinquennal (2026-2030) en constitue la feuille de route, articulant innovation, capacités productives, transition numérique et développement de haute qualité .

PEKIN par Lotfi Mekedem — Les visiteurs quidécouvrent aujourd'hui les nouveaux pôles technologiques de la capitale chinoise aperçoivent les manifestations visibles d'une transformation beaucoup plus profonde. Taxis autonomes, centres decalcul pour l'intelligence artificielle, laboratoires quantiques, robots industriels, réseaux numériques avancés : derrière ces projets se dessine une ambition qui dépasse largement la modernisation économique traditionnelle.
À Pékin, innovation technologique, développement économique et amélioration de la qualité de vie sont pensés comme les composantes d'une même stratégie de modernisation.
Cette évolution apparaîtclairement dans les orientations retenues pour la période 2026-2030. L'analyse de la structure des priorités nationales montre que les objectifs liés à la
puissance productive, à l'innovation industrielle et à la souveraineté technologique représentent désormais près de 90 % des priorités implicites, contre environ 80 % lors de la période précédente.Le chiffre peut sembler abstrait.Il traduit pourtant une transformation majeure.
Pendant des décennies, les plansde développement chinois accordaient une place importante à l'agriculture, à l'urbanisation, à la réduction des inégalités ou à l'expansion du marché intérieur. Ces thèmes demeurent présents, mais ils apparaissent désormais comme des instruments au service d'un objectif plus vaste : renforcer la capacité à améliorer les technologies, les industries et les infrastructures qui structureront l'économie mondiale.
Cette évolution est visiblejusque dans l'ordre des priorités.
Au milieu des années 2000, lesplans mettaient en avant le développement rural. Dans les années 2010, l'innovation devenait progressivement centrale. Aujourd'hui, les trois premiers objectifs sont révélateurs : construire un système industriel moderne, accélérer l'autonomie technologique et développer une économie numérique intelligente.
En clair, Pékin estime que le bien-être de sa population, sa sécurité économique et son développement futur dépendront de sa capacité à rester à l'avant-garde de l'innovation industrielle et technologique.
L'exemple de l'intelligence artificielle illustre cette accélération.
Le terme apparaît cinquante-deuxfois dans les nouvelles orientations nationales contre seulement onze fois lors de la période précédente.
Cette multiplication n'est pas symbolique.
L'intelligence artificielle n'est plus considérée comme un secteur spécifique mais comme une technologie transversale destinée à transformer simultanément l'industrie manufacturière, la logistique, les transports, la santé, les infrastructures et les services
publics.
Cette stratégie est déjà visible. Les grands groupes technologiques, les universités et les centres de recherche travaillent désormais dans des écosystèmes conçus pour accélérer
l'intégration de l'IA dans l'économie réelle.
La même logique s'applique à l'industrie.
La Chine continue de moderniser ses secteurs historiques — acier, construction navale, chimie, machines-outils
— tout en consolidant ses positions dans les batteries, les véhicules électriques, les panneaux photovoltaïques et les réseaux énergétiques intelligents.
Fait révélateur, ces secteurs nesont plus présentés comme des industries émergentes. Ils sont désormais considérés comme des composantes normales de la puissance industrielle nationale.
Mais le véritable regard de Pékin est tourné plus loin.
Les investissements seconcentrent désormais sur sept domaines considérés comme stratégiques pour les décennies à venir : technologies quantiques, biofabrication, énergie de fusion, hydrogène, interfaces cerveau-machine, réseaux 6G et intelligence incarnée, c'est-à-dire l'intégration de l'intelligence artificielle dans des systèmes physiques
autonomes.
L'objectif n'est pas seulement departiciper à ces révolutions technologiques.
L'objectif est d'influencer les normes mondiales qui les encadreront.
Car dans l'économie contemporaine, ceux qui définissent les standards captent souvent une part décisive de la valeur.
Cette stratégie s'accompagne d'unautre mouvement : la réduction méthodique des dépendances technologiques.
Les secteurs jugés critiques —semi-conducteurs, logiciels fondamentaux, équipements de précision, matériaux avancés — font l'objet d'efforts massifs afin de réduire les vulnérabilités externes.
Les résultats commencent déjà à apparaître. La part des exportations européennes vers la Chine correspondant à des dépendances significatives de Pékin est passée d'environ 34 % en 2019 à 21 % en 2024, signe d'une autonomie croissante dans plusieurs secteurs
stratégiques.

La Chine ne prépare pas simplement son prochain cycle de croissance.
Elle prépare la prochainearchitecture industrielle du monde.