Pékin entend s’affirmer comme capitale technologique mondiale, au moment où elle redessine le paysage global de l’innovation

Un centre de données dans l’espace — un pari technologique à 800 km d’altitude.

La capitale chinoise dévoile un projet ambitieux mêlant informatique spatiale, puissance de calcul massive et stratégie géopolitique.

Le lancement du premier satellite est prévu dès 2025.

PÉKIN —Dans une initiative quiillustre l’ambition croissante de la Chine dans le domaine spatial et informatique, les autorités de Pékin ont annoncé jeudi 27 novembre 2025 la création d’un centre de données orbital positionné sur une orbite crépusculaire, entre
700 et 800 kilomètres au-dessus de la Terre. L’annonce, relayée par le Science and Technology Daily, marque l’une des premières tentatives au monde de déplacer une infrastructure numérique critique hors de l’atmosphère terrestre.

Un “cloud orbital” aux dimensions inédites

Lors d’une réunion conjointeentre la Commission municipale des sciences et technologies de Pékin et l’Institut Astro-Future de technologie spatiale, les responsables ont présenté les contours d’un projet qui devrait former un système centralisé de calcul
dépassant un gigawatt de puissance— soit l’équivalent énergétique d’un data center terrestre de tout premier rang.

Chaque sous-centre spatial seraitcapable d’héberger des millions de cartes serveurs, une échelle qui, si elle se matérialise, repositionnerait la Chine comme pionnière du calcul orbital. Les ingénieurs évoquent un réseau distribué comprenant calcul en orbite, relais de transmission et contrôle au sol, conçu pour fonctionner comme une seule machine
numérique, détachée des contraintes terrestres.

Trois phases jusqu’en 2035

Le plan prévoit une constructionprogressive :
· 2025-2027 : Résolution des défistechnologiques clés et déploiement de la première mini-constellation.
· 2028-2030 : Intégration complète entretraitement terrestre et calcul spatial.
· À l’horizon 2035 : Mise en service d’uncentre de données spatial à grande échelle.

Selon les responsables du projet,le premier satellite expérimental est déjà finalisé. Son lancement est prévu fin 2025 ou début 2026.


Un consortium industriel de 24 organisations

Pour soutenir ce chantierstratégique, un consortium d’innovation réunissant 24 acteurs — entreprises technologiques, start-ups spécialisées, laboratoires de recherche — a été créé. Dirigé par l’Institut Astro-Future, il apour mission d’accélérer l’innovation dans des domaines aussi variés que :
· l’intelligence artificielle,
· les communications mobiles,
· les nouveaux matériaux,
· les énergies renouvelables.

L’objectif affiché est de créerde nouveaux modèles économiques autour des applications d’information spatiale, un secteur encore largement inexploité mais perçu comme le prochain front de la compétition technologique mondiale.

L’espace, nouveau terrain ducalcul intensif

Pour Pékin, ce projet est plusqu’une prouesse technologique. Il s’agit d’une stratégie industrielle et géopolitique : réduire la dépendance aux infrastructures terrestres
vulnérables, contourner certaines limitations énergétiques, et bâtir la prochaine génération d’informatique distribuée.

Le gouvernement municipal décrit le projet comme une “fusion stratégique entre l’espace commercial et l’IA”, affirmant vouloir faire de Pékin un pôle mondial de l’innovation scientifique et technologique.

Un signal envoyé au monde

Alors que les États-Unis, l’Europe et plusieurs acteurs privés — notamment Space X et Amazon — explorent eux aussi des concepts de “cloud spatial”, l’initiative chinoise se distingue par son ampleur, sa planification étatique et son ambition centralisatrice.

Si le calendrier annoncé estrespecté, Pékin pourrait devenir la première ville au monde à exploiter un véritable centre de données extra-atmosphérique, ouvrant la voie à une nouvelle ère où l’informatique intensive quitte la surface terrestre.